Ojarasca 123, juillet 2007

La Police communautaire de Guerrero explore «l’autre» communication

Les peuples de la Costa Chica et de la Montagne de Guerrero empruntent un nouveau sentier : la formation d’une équipe de communication communautaire (Equipo de Comunicación Comunitaria) qui fait partie du reconnue Système de Sécurité et Justice Comunitaria (SSJC).

Il y a déjà plusieurs années que la Police communautaire s’est penchée sur la nécessité de construire ses propres moyens de communications. Le même règlement interne prévoit la formation d’une équipe de communication dont la fonction serait de renforcir l’organisation et de stimuler la culture des peuples autochtones (tlapanecos et mixtecos), ainsi que celles des métisses qui la forment.

Cela fait douze ans que le SSJC combat efficacement le climat de violence qui affecte les différents peuples de la région. Une institution autonome au niveau régional s’est formée et s’est engagée à maintenir la sécurité et la justice, à promouvoir les valeurs communes de la collectivité, à assurer la gratuité du service et à réintégrer les détenus dans la société.

Le développement et la croissance de l’organisation, qui comprend actuellement 65 communautés de 10 «municipios», ont provoqué une discussion sur la portée et les fonctions de sa propre institution.

Pour garantir l’efficacité de la justice et faciliter aux habitants des régions éloignés l’accès aux autorités pour résoudre leurs problèmes, une division du territoire, qui reflète les différences ethniques et géographiques, a été effectuée. Chaque zone possède un Comité, pour exercer et administrer la justice, ainsi que pour la coordination de la sécurité de son propre territoire. La relocalisation est un processus d’accroissement et de renforcement provoqué par les changements des conditions sociales et organisationnelles dans lesquels est actuellement le SSJC.

La discussion interne a aussi démontré la nécessité d’amplifier les fonctions du SSJC, de comprendre d’autres domaines pour pouvoir exercer le droit de construire d’autres types de relations entre les peuples. Tout comme le droit à la justice, les habitants de Costa-Montana sont invités à prendre possession de leur droit à la communication en mettant en pratique les Accords de San Andrés Sakamch’en de los Pobres.

Pour les communautés de cette région qui n’ont pas accès aux médias de masse, construire leurs propres réseaux de communication donne une voix à leur culture et permet également de renforcir leur organisation. Dans cette optique, les «comunitarios» ont décidé de former l’Équipe de Communication. Cette «autre» communication se base sur plusieurs aspects : l’aspect interculturel, en valorisant la diversité culturelle présente dans les différentes régions, et sur la participation active des communautés.

Cela fait plusieurs mois que les policiers de la Police Communautaire parcourent villages et écoles pour faire connaître leur projet, et ce, à l’aide de porte-voix et en utilisant la langue autochtone des  diverses communautés. Notamment, ils invitent les jeunes à se rassembler et à créer un réseau de communication dans la région.

Pour le SSJC, l’appel à la formation d’une équipe de communicateurs est un nouveau défi.

Lors des premières assemblées réalisées à San Luis Acatlán dans les bureaux de la Coordination Régional des Autorités Communautaires (CRAC), jeunes, commandants et autorités communautaires ont discuté de l’organisation, des méthodes et des étapes que doit suivre le projet.

Le «caminar-haciendo» (marcher et faire) est la méthode de travail qui est appliquée dans le cas de la résistance mixteca. «C’est ainsi que nos parents et grands-parents nous ont appris à semer et à travailler, à faire les choses par nous-mêmes.» De la même manière que se développe l’apprentissage des éléments techniques de la communication, tout en tentant de les appliquer à la problématique régional. Par exemple, un reportage comprenant des entrevues effectuées dans les communautés réalisé lors d’un atelier de rédaction est également un point de départ pour l’analyse du contexte social de ces mêmes communautés.

Le quotidien des campagnes influence la façon dont les participants développent le projet : comme la croissance d’une graine, de la semence à la récolte, il y a plusieurs étapes. Les jeunes voient également cette construction de médias de communications comme un procédé en soit. Dans la première étape se trouve les connaissances de bases, comme l’utilisation des ordinateurs et la rédaction de nouvelles, de bulletins et de plaintes. Dans une seconde étape, ils se spécialisent avec les différentes instruments que sont :

1. Une Radio régional qui a comme objectif le renforcement et la cohésion de la vie communautaire de la région. «Nous voulons une radio pour diffuser la culture, la langue et les traditions de nos peuples, pour informer de ce qui se passe dans les communautés», réclament les futurs promoteurs de la communication. Pour les Coordonnateurs Régionaux, la radio est également un outil pour la Police Communautaire qui leur permet de renforcir l’intégration des différentes communautés du SSJC en informant des décisions et des accords pris aux assemblés, en diffusant l’histoire de l’organisation.

2. L’administration de la page web (www.policiacomunitaria.org) comme véhicule de la diffusion de l’expérience communautaire dans les autres régions du pays et du monde. Dans la page, fraîchement créée, se trouve de l’information sur l’histoire et des fonctions du Système de Sécurité et de Justice Communautaire (Sistema de Seguridad y Justicia Comunitaria) et les documents élaborés par la même organistion.

3. L’utilisation des images par l’entremise du vidéo et d’éléments graphiques (sérigraphies, murales, mantas).

De long en large du territoire national, les peuples ouvrent de nouveaux chemins à la résistance et à la construction d’espaces de pouvoir autonome à travers ces propres projets de communication.

La Police Communautaire possède comme références deux expériences de radios communautaires sur son territoire : la amuzga Radio Nomndaa de Xochistlahuaca et la radio de la communauté mixteca de Buenavista. La voix de ces radios communautaires est encore plus importante dans le contexte de militarisation qui ne cesse de croître, de la présence généralisée de la violence et des constantes violations des droits humains qui caractérisent l’état de Guerrero. Cela apporte l’opportunité aux habitants de dénoncer se qui se passe sur leur territoire et de rompre le silence qu’on souhaite leur imposer pour garder le monopole de l’information.

Nous avons besoin d’appui solidaire pour subvenir aux dépenses de bases et pour consolider l’infrastructure nécessaire au fonctionnement du projet. Contactez-nous, toute forme d’aide est la bienvenue : comunicacioncomunitaria@gmail.com